Question existentielle

Question existentielle(…) Malgré le bonheur pourtant plus humble que je ne l’avais imaginé d’avoir ainsi achevé ce que je considérais comme mon premier véritable ouvrage, une vague nostalgique s’empara de moi. C’était comme si, en écrivant ce livre, je m’étais libérée de toutes mes pensées, comme si j’avais en quelque sorte balayé mon esprit et qu’il était temps pour moi de passer à autre chose afin de nourrir mon imaginaire de mets nouveaux.

Ma vie aussi, que j’avais jusqu’alors tellement appréciée, avait perdu de sa saveur. Les voyages commencèrent à m’ennuyer, les villes finissaient par toutes se ressembler, un peu comme les hommes d’ailleurs. Je partais un temps mais finissais inéluctablement par revenir au point de départ, à quoi bon donc une telle évasion ? Mon travail n’échappa pas à mon malaise. Je n’y trouvais plus aucune satisfaction, et, pour combler le tout, je tombai gravement malade au retour d’un séjour au Carnaval de Venise.

Un docteur shooté à la connerie du service des urgences dans lequel j’atterris me diagnostiqua (incorrectement) une hernie. Clouée au lit d’interminables journées, je pris pour la première fois conscience de ma solitude. J’étais dans un pays étranger –bien qu’à cette époque même la France, ou surtout la France, m’était étrangère-, j’avais certes de nombreux amis mais personne de vraiment très proche, et surtout aucun membre de ma famille pour me consoler. Je crois que c’est dans ce genre de situation qu’on se rend compte de l’importance de celle-ci.

Pour la première fois depuis mon arrivée dans ce pays j’étais donc seule, vraiment seule.

En près de deux ans, j’avais toujours travaillé ou voyagé et, d’un jour à l’autre, je devais rester alitée avec pour unique compagnie des pensées non pas fictionnelles, comme je les affectionnais, mais purement existentielles.

Qu’allais-je faire de ma vie ?

La fameuse question que je me posais déjà il y a deux ans. J’en revenais donc au point de départ. A croire que l’existence est ainsi faite : on passe notre temps à se poser cette question jusqu’au jour où on réalise qu’on est vieux et usé. Alors on se retourne et on se dit : « qu’ai-je fait de ma vie ? ». Et la réponse est « rien » car on a passé son temps à tenter de répondre à la première question.

By | 2017-11-05T05:58:31+00:00 mars 21st, 2015|Souvenirs et aventures|2 Comments

2 Comments

  1. vi_fr@outlook.com'
    violeta 30 mars 2015 at 19 h 26 min - Reply

    Je viens de parcourir ton blog et je m’ apprête à prendre ma plus belle écriture et mon courage à 2 mains pour poster un commentaire sur le blog d’un écrivain ! Voilà j’y suis : ce que je voulais dire c’est que par le récit de ton expérience, tu as pu si bien décrire la complexité de l’être humain, celui qui n’est jamais content de ce qu’il a, qui est frustré quand il n’a pas atteint les objectifs qu’il s’est fixés et qui est déçu ou vide une fois que la mission est accomplie, ça fonctionne bien évidemment pour tout type d’objectif, on peut les classer par l’importance que nous leur accordons, perso, je les classerai par faisabilité (gagner au loto ou à l’euromillion étant bien entendu au top de la liste…et avoir les cheveux frisés alors qu’ils sont naturellement raides tout en bas).
    Loin de moi l’idée de critiquer l’être humain, bien au contraire selon moi, c’est cette continuelle insatisfaction qui l’a poussé à évoluer et à devenir ce qu’il est (quelques fois à son détriment même mais ça c’est 1 autre débat) et pour ceux qui ont eu la chance d’atteindre leurs objectifs et de se sentir vidés, ils ont pu se rendre compte que la nature avait doté les hommes du pouvoir de se renouveler et de se trouver de nouveaux rêves (ça arrive à chaque « palier de maturité », c’est bien comme nom, non?) !
    C’est génial, on a besoin de se sentir frustré pour se sentir vivant !!!!
    Je voulais juste te dire que toi et tous ceux qui ont réussi à atteindre les objectifs que vous vous étiez fixés, vous êtes toutes et tous chanceux, très chanceux !!! car je n’ai aucun doute sur le fait que le vide a très vite été remplacé par de tous nouveaux et tous beaux buts à atteindre dans la vie :-).
    Je ne parlerai pas de l’importance que j’accorde aux amis, à la famille et au bonheur qu’est de se sentir entouré, parce que si je continue sur ma lancée, je vais finir par écrire 1 livre et là je préfère te laisser faire !
    Voilà je me suis relue, c’est brouillon et décousu (ça doit être balaise d’écrire 1 livre!) mais j’ai corrigé toutes les fautes d’orthographe et il ne me reste plus qu’à te souhaiter beaucoup de réussite pour ton livre et pour tout ce que tu souhaites !

    • Gipsy Paladini 11 avril 2015 at 13 h 01 min - Reply

      Mais quelle magnifique réponse, bien plus étoffée que mon article. Heureuse qu’elle t’ait inspiré toutes ces profondes pensées. Merci d’avoir pris le temps de l’écrire. En ce qui concerne mes objectifs, je ne dirais pas qu’ils sont atteints, bien loin de là. Je suis une grande rêveuse, et je considère le monde concret comme vaste, et comme tu le sais, j’en ai passé du temps à le parcourir -mais finalement on finit par fatiguer car on n’arrive jamais nulle part- c’est pire encore pour le monde spirituel. On se rend vite compte qu’un objectif n’est pas une ligne finale de course, un objectif appelle d’autres objectifs et c’est l’atteinte de tous ceux-ci qui permet d’arriver à destination. Mais que la course et longue et semée d’embuches…
      Je pense qu’on peut avoir un objectif final, que c’est même vital de chercher toujours plus loin, mais qu’il faut aussi quotidiennement se fixer certains objectifs plus atteignables, des toutes petites choses invisibles pour les autres mais qui comptent pour nous, et que par-dessus tout il faut au minimum éviter de s’imposer une limite temporelle. Evidemment c’est bien plus facile à dire quand on approche de la quarantaine, qu’on a une famille, un travail à assumer, etc. A vingt ans, on a une vision moins flexible.
      Comme tu l’as dit, l’atteinte d’un réel objectif entraîne une certaine euphorie, mais elle est éphémère, je crois que la course elle-même est plus intéressante que la finalité. Et c’est sans compter sur tous les obstacles qu’on rencontre ou autres aventures qui font partie de la vie et qui nous rendent heureux, comme l’amour, les enfants, qui nous dévient ou nous retardent dans l’atteinte de ces objectifs, mais qui sont parfois plus importants.

      Par contre je pense sincèrement que tu devrais te lancer et écrire. Tu as une plume reconnaissable entre des centaines, et tellement de choses à dire, de sentiments à faire partager. Ne crois pas que l’expérience vient des voyages, elle peut venir de l’intérieur, c’est le don de l’imagination. Les plus grands écrivains sont des gens qui ne sortent guère de chez eux -à mon humble avis-, du coup ils sont capables d’inventer des choses que les autres ne peuvent pas parce qu’ils sont influencés par le réel. ET on s’en fiche des fautes d’orthographes (enfin dans un livre pas trop pour pour ça il y a des correcteurs), l’important c’est le contenu, les sensations que tu fais éprouver aux gens et toi, toujours, tu m’émeus. Merci à toi, Violeta, tu sera toujours dans mon coeur.

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